Clairfeuille (en cours d’écriture)

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Clairfeuille (en cours d’écriture)

Il me revient le silence dérangeant qui suivit l’annonce du drame. Je n’étais plus tout à fait un enfant, mais pas encore un adulte. Malgré tout, je ne comprenais que trop bien la portée d’une telle nouvelle. Je me souviens aussi de la profonde tristesse de mes parents. Ils ne connaissaient ni les Havé, ni les Lampérier, mais comme eux, ils aimaient leurs enfants et comme eux leurs âmes saignaient face à cette tragédie.

On n’enterre pas son enfant ! Il s’agit là d’une évidence, mais dans la bouche de ma mère, il était plutôt question d’une protestation obséquieuse contre un dieu auquel elle n’avait jamais vraiment cru, mais à qui elle s’adressait souvent et qu’elle craignait probablement.

Je ne sais plus vraiment quand et comment la nouvelle s’est abattue sur notre famille, juste les heures, les jours qui avait suivi, le temps qui avait ralenti, le silence qui nous épuisait, les mots secs qui cachaient difficilement la détresse, et puis aussi les larmes de ma sœur qui nous racontait que monsieur Duchamp s’était effondré en cours d’allemand ce jour-là.

De toute ma famille, c’était elle la plus proche de cette tragédie. Physiquement… Elle n’était pas vraiment amie avec Nicolas ; de simples copains de classe… Il était assis à côté d’elle au cours de monsieur Duchamp. Ils s’entendaient bien. Deux bons élèves sans histoire, rien de plus et, entre eux, il avait dû s’échanger plus de mots en allemand qu’en français, mais le jour où monsieur Duchamp s’était effondré, il n’y avait plus personne à côté de ma sœur. Et cette absence presque anonyme avait fini par la dévorer, puis l’ensemble des élèves et enfin leur professeur d’allemand.

Toute ma famille était à table, réunie autour du repas et de notre malaise, tandis qu’elle nous rapportait l’épisode. Le professeur meurtri, la classe incrédule et compatissante. Et elle qui craignait de regarder le vide affamé à sa droite, préférant se perdre dans le spectacle embarrassant de son prof d’allemand en sanglot. Ce vide qui la frôlait, qui la glaçait. Ce vide qui l’accompagnait jusqu’à dans son sommeil, ces cauchemars. Ce vide qui l’avait poussé à découper le visage de Nicolas sur toutes les photos de classes que ma mère gardait précieusement dans le grand buffet du salon, comme un « ex » qu’on voudrait oublier.

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